Sophie contre les déchets

On a vécu un été caniculaire. On a parlé des changements climatiques. Dans les journaux, aux nouvelles. Tous les jours. Les articles “spécial rentrée” dans les médias étaient souvent axés sur les lunchs zéro déchet. Les gens sont de plus en plus conscients de la crise environnementale et ont envie de changer les choses.

Malgré cela, il y a encore des sceptiques ou des gens qui pensent que ça ne sert à rien de changer leurs habitudes (le bêtisier zéro déchet 2018 est en cours d’écriture). Pour convaincre ces personnes, j’ai (Laurence) eu envie de rencontrer la radieuse Sophie Fouron, animatrice de l’émission Chacun son île diffusée à TV5. Sophie voyage partout dans le monde, partage de grands moments de bonheur avec des petites communautés… mais elle voit aussi l’ampleur des dégâts environnementaux et l’urgence d’agir. Les Cocos Écolos sont fans de l’émission… et de Sophie ! Voici un petit résumé d’une belle conversation entre deux bouchées au Pain dans les voiles.

D’abord…

Chacun son île en quelques mots

Chacun son île n’est pas qu’une émission de voyage. C’est une porte d’entrée vers les secrets de la vie insulaire, les us et coutumes des gens et les défis auxquels ils font face quotidiennement. Sophie, l’animatrice ultra sympathique de l’émission, se rend aux quatre coins de la planète à la rencontre de ces communautés. Jusqu’à présent, Chacun son île a tourné plus de 40 émissions, allant des Îles-de-la-Madeleine à Okinawa, en passant par les îles Malouines et les Hébrides extérieures.

La raison pour laquelle on te parle de Sophie aujourd’hui, c’est parce qu’à notre grand bonheur, la question environnementale est régulièrement abordée durant l’émission. On sait comment la gestion des déchets fonctionne ici, en Amérique du Nord, particulièrement dans une province profitant d’installations telles que les centres de tri, les sites de compostage, etc. Il y a des défauts, soit, mais au moins, ces endroits existent. Qu’en est-il des autres pays ?

D’emblée, Sophie, qui a co-animé la dernière saison de La Vie en Vert, me révèle que la cause environnementale lui tient très à coeur, encore plus depuis qu’elle tourne Chacun son île. À la maison, elle composte, elle est une consommatrice avertie et fait plein de petits gestes pour la planète : “Ici, c’est facile. On a plein de solutions mises en place pour nous aider.” Effectivement, ne serait-ce que les camions qui viennent chercher nos poubelles, notre recyclage et notre compost à notre porte. Pas de dépotoires à ciel ouvert. Tout est à notre disposition.

Cependant, c’est souvent lorsqu’on sort de chez soi qu’on constate comment on a la belle vie. L’analogie de Sophie est parfaite : “Comme dans une maison, si tu n’arrives pas à ramasser les ordures, le reste devient cacophonique. Si on transpose ça à une échelle de société, quand tu arrives dans un endroit où il n’y a que des amoncellements de vidanges et de détritus, tu te demandes comment un pays peut fonctionner. C’est à la base du bon fonctionnement d’une société.” Examinons quelques exemples de gestions de déchets.

Sophie Fouron_cocos
Sophie à Grande Comore / Crédit photo : Pedro Ruiz

Des déchets à la rencontre de Sophie

On a beau parler des désastres écologiques, c’est en le vivant sur place qu’on réalise l’ampleur du désastre. Dans le générique de Chacun son île, Sophie nage dans les eaux paradisiaques de Bali, au petit matin. Elle patauge et sort la tête de l’eau de façon très Pinterest. C’est magnifique… mais les coulisses de ce court tournage racontent une autre histoire.

“Au moment de sortir de l’eau, une vague est venue nous happer, le réalisateur, le caméraman et moi. Mais pas une vague d’eau. Une vague de déchets. De l’essence, des détritus… On avait apporté des serviettes blanches de l’hôtel pour s’essuyer. Elles sont devenues brunes.” Ouach. C’est à ce moment que Sophie réalise à quel point le tourisme de masse peut ruiner un endroit paradisiaque. C’est lorsque on entend des témoignages comme celui-ci qu’on se demande bien comment certains peuvent croire que l’activité humaine n’a pas d’impact sur l’environnement et les changements climatiques…

Suite à cela, le sujet de la gestion des déchets revient régulièrement dans les émissions. On y voit des images un peu décourageantes, mais on entend aussi des histoires inspirantes. On voit des citoyens et des gouvernements engagés. Par exemple, des plongeurs professionnels de Phu Quoc organisent des expéditions pour ramasser des déchets dans la mer. On voit aussi des groupes de personnes qui s’affairent à nettoyer régulièrement les mangroves en Nouvelle-Calédonie. Il y a cet Américain qui organise un centre de tri à Bali, etc.

C’est en Asie que le système de gestion de déchets est le plus organisé. Par exemple, à Taipei, il est interdit de déposer un quelconque sac de poubelle sur le trottoir. “On pourrait manger par terre”, me dit Sophie. Difficile à croire ? À Taipei, les seuls sacs en plastique pouvant être utilisés pour les poubelles sont ceux distribués par la ville. Ils ont même un sceau d’approbation du gouvernement. Par conséquent, comme les citoyens paient pour les sacs, ils paient donc pour jeter leurs déchets. Plus ils en ont, plus ça coûte cher. En ce qui concerne le recyclage et les résidus alimentaires, c’est gratuit. Par contre, attention de ne pas mélanger le recyclage ! Le verre va avec le verre, le plastique avec le plastique, le papier/carton avec le papier/carton. Qu’arrive-t-il si les Taipeiens ont un excès de paresse et font un beau melting pot de recyclage ? Ils ont une amende.

Concrètement, comment ça fonctionne dans la ville ? Les trois camions (déchets, recyclage, compost) passent cinq jours par semaine et trois fois par jour, question d’accommoder les horaires de tous, et ce sont les citoyens qui remettent directement leurs rebuts aux travailleurs. Et comment sont gérés les déchets en dehors de la maison et les poubelles dans la rue ? Il n’en existe pratiquement pas. Effectivement, il y a peu ou pas de poubelles dans la ville. Le gouvernement encourage les gens à rapporter leurs déchets à la maison, pour la simple et bonne raison que générer des déchets, ça coûte cher. Ça coûte cher au gouvernement, aux citoyens et à la planète. Bravo, Taipei ! 

Être aux premières loges des changements climatiques

Les insulaires sont les premières victimes des changements climatiques. Toutes les personnes que Sophie a rencontrées dans les dernières années s’entendent pour dire qu’il y a de plus en plus de désastres écologiques. Les gens ont peur d’aller dans l’eau à cause des tempêtes et des forts courants (un peu ironique quand on vit sur une île). De nombreuses îles visitées par l’équipe de Chacun son île ont été frappées par des tsunamis.

Le plus triste, c’est la montée des eaux et l’effet de l’érosion sur les îles. On ne parle pas d’une petite vague qui vient gruger le château de sable de Junior sur la plage. On parle d’érosion qui menacent de faire complètement disparaître des îles. Les Îles-de-la-Madeleine, ce joyaux canadien, sont appelées à disparaître dans un futur pas si lointain. Les habitants de Majuli doivent régulièrement reconstruire leur maison puisque le le fleuve Brahmapoutre vient manger leurs terres. Toutes les îles du Pacifique Sud sont en danger. Sophie se rappelle : “Il y avait cet homme à Fidji qui avait les larmes aux yeux parce que lui – et tout son village – ont dû être déplacés. Les eaux montaient et la sécurité des enfants, qui dormaient par terre, était précaire. Il s’est fait déraciné. Il a dû partir de la terre de ses ancêtres.” Les gouvernements doivent prendre des mesures pour déplacer des villages entiers dont la survie des habitants est menacée par la mer. Les réfugiés climatiques seront bientôt monnaie courante. N’est-ce pas angoissant tout cela ?

Ce qu’on peut apprendre des îles

Quand Sophie revient ici, elle est assommée par le rythme effréné de notre consommation nord-américaine. “Quelle société de gaspillage et de consommation !” Oui. Beaucoup plus simple de racheter un truc neuf que de le réparer, non ? Et pourquoi se priver du nouveau iPhone, même si celui qu’on possède fonctionne encore bien ? ¯\_()_/¯ On a des petites leçons à apprendre des habitants des îles.

“La nécessité est la mère de la création”, nous rappelle Sophie. Sur une île, une grande quantité d’objets et d’aliments doivent être importés, et ce, à des prix exorbitants. Les insulaires ont donc développé toutes sortes de trucs pour récupérer. Le ruban de Mobius, ils s’y connaissent. Ils sont pros des 3R-V (réduire, réutiliser, recycler, valoriser) : “À Cuba, par exemple, ils n’ont pas besoin de bac vert. Ils ne jettent rien. Tout est réutilisé. La débrouillardise, l’ingéniosité, le rafistolage avec toutes sortes de petits bouts de bois, de cordes, de morceaux de tissu… Et là tu regardes, et tu te dis : O.K. C’est devenu une bicyclette !” Ah, cette Sophie !

Nous qui n’arrivons pas à gérer notre recyclage nous-mêmes, deviendrons-nous un jour rois du rafistolage ?

À la lumière du témoignage de Sophie, on a envie de reprendre les titres chocs des journaux et de dire qu’effectivement, il est minuit moins une pour sauver la planète. Et on dit ça parce qu’on est de bonne humeur, parce que si on écrivait cet article en plein mois de novembre, quand on n’a pas encore changé l’heure, on dirait qu’il est passé minuit et on a raté le bateau. Allez tout le monde. On retrousse nos manches et on continue à faire bouger les choses.


Chacun son île est diffusée sur les ondes de TV5 les mardis à 21h, en rediffusion les mercredis à 14h et les jeudis à 9h, et disponible en ligne pendant une semaine suivant la diffusion télévisée : https://tv5.ca/chacun-son-ile.


Photo en couverture prise par Fred Baune à l’île Harris

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