Slow fashion : le légume bio de la mode

Une étiquette. L’étiquette et son petit zinzin en plastique. Toujours attachés à la robe que j’avais achetée l’année précédente. Jamais portée et j’en étais déjà tannée. Pourquoi ne l’avais-je pas portée ? Parce que le tissu était de piètre qualité ? Parce que le design était passé de mode ? Pourquoi l’avoir achetée, alors ?

Ce geste peut sembler anodin, mais le mode de vie zéro déchet ne se cantonne pas qu’à la cuisine ou la salle de bain. On le dit souvent : ce mode de vie teinte toutes nos décisions au quotidien… et la garde-robe n’y échappe pas !

La mode au palmarès des industries les plus polluantes

Le visage de la mode a considérablement changé dans les dernières décennies. Prenons les collections, par exemple. Je pensais naïvement qu’il n’y avait qu’une collection par saison, magasineuse non aguerrie que je suis. Maintenant, dans les boutiques comme Zara et H&M, c’est une nouvelle ligne toutes les trois semaines, voire chaque semaine selon certaines sources. Les pièces de vêtements sont passées d’un objet auquel on faisait attention à quelque chose de jetable et d’éphémère.

« On a plus de vêtements, d’accord… mais pourquoi est-ce si néfaste pour l’environnement ? » Parce que non seulement la grande majorité de nos « vieux » vêtements passent tout droit du centre de dons aux sites d’enfouissement, mais les procédés pour arriver au chemisier en polyester turquoise et aux leggings en faux cuir sont dévastateurs. Les teintures toxiques polluent les cours d’eau, et les pesticides dont les champs de coton sont arrosés empoisonnent l’environnement… Tout ça sans parler des tissus synthétiques faits à base de pétrole.

L’industrie de la mode-minute ou fast-fashion est un fléau humain et environnemental. Avec nos impulsions à toujours vouloir plus et vouloir tout de suite, on se réjouit tout de même de cette petite jupe fleurie payée 20$. Mais quel est le coût réel de cette pièce de vêtement ?

Comme je n’ai pas envie de t’assommer avec des statistiques culpabilisantes, je vais passer directement aux solutions. Ceci dit, je te recommande d’écouter le documentaire The True Cost, si ce n’est pas déjà fait.

La solution : changer son comportement d’achat

La solution la plus évidente est d’acheter de seconde main. Nous avons plusieurs amis qui magasinent uniquement dans les friperies et ils/elles sont de vraies cartes de mode. Le Village des valeurs offrent même des cartes rabais aux personnes qui leur font des dons. L’avantage des friperies est que le consommateur ne crée pas de demande pour de nouveaux vêtements. (En écrivant ces lignes, je me demande qui porte ma petite robe neuve à laquelle étaient attachés étiquette et zinzin en plastique.) D’autres personnes choisissent de transformer des séances de magasinage de seconde main en soirée entre amis, où s’échangent vêtements, vin et potins.

Bon, maintenant que j’ai parlé des friperies, je vais être franche. Je ne fréquente pas les friperies.

QUOI ? #hypocrite

Non, non. Pas hypocrite, pas précieuse non plus. C’est juste que… je n’aime pas magasiner. L’idée de fouiller des heures et faire glisser sur une pôle en métal cintres après cintres me donne de l’urticaire. J’aime aller à un seul endroit parce que j’ai besoin de quelque chose, et sortir du magasin quelques minutes plus tard, ma mission accomplie. Pendant longtemps, j’allais chez Anthropologie, mais mon dernier pèlerinage m’a déçue (vêtements faits dans une contrée fort fort lointaine, notamment).

Depuis quelques mois, je suis en processus d’allégement de ma garde-robe. Par conséquent, je cherche plutôt des vêtements fabriqués avec des tissus de qualité, idéalement faits ici, à la coupe classique et intemporelle. Je me suis débarrassée des chandails bourgognes avec des caractères chinois sur la manche, contribution de la mode des années 1999-2000, et je n’ai pas l’intention de retourner à ça. Par chance, de nombreux designers québécois éco-responsables ont pignon sur rue à Montréal et ont pour mission de célébrer la slow fashion, notamment Atelier b, Vymoo et Betina Lou.

Laurence8
Ma nouvelle obsession : les vêtements Odeyalo. Crédit photo : Amélie Fortin

Comme je ne suis jamais allée chez Atelier b, je vais te parler de mon expérience chez Betina Lou. C’est une boutique montréalaise. Les vêtements sont faits ici. C’est beau. C’est minimaliste. Les tissus sont choisis avec soin. C’est durable, éthique et responsable. Les vêtements sont garantis. La propriétaire et ses employées sont adorables. Exit, les vêtements Jacob qui sentent la transpiration juste à les regarder ! Maintenant, j’ai six morceaux Betina Lou qui font mon bonheur et c’est amplement suffisant.

 

Betina Lou Marmier
Tricot Marmier de Betina Lou en laine de mérinos, parfaitement unisexe

Accepter de payer le véritable prix des vêtements

Je te préviens : si tu t’attends à des prix qui acoteraient ceux de chez H&M, attends-toi à un décollement de la rétine en regardant l’étiquette. Tu ne paieras pas 5$ pour un t-shirt. La boutique Betina Lou, c’est tout sauf la fast-fashion. C’est le légume bio de la mode. Jamais tu ne verras écrit sur ton étiquette : “made in Bangladesh”. La mode “slow” a un prix. Acheter “slow”, c’est non seulement acheter un vêtement local qui a été confectionné dans le respect de l’humain, mais c’est aussi ralentir sa consommation, faire des choix judicieux et, pour la plupart, réfléchis, et apprécier ce qu’on a déjà. Peut-être que tu vas payer 140$ pour une jupe noire. Mais tu en auras une seule, au lieu de sept à 20$.

Il faut considérer l’achat de ce genre de vêtement comme un investissement. Pour freiner les achats impulsifs, je te dirige vers l’article de mon amie Hailey du blogue Ditch The Stuff qui suggère de dresser une liste de souhaits. Disons que tu veux un tricot de chez Betina Lou, tu l’écris sur ta liste. Si le tricot reste sur ta liste pendant un moment respectable, tu l’achètes. Je renchéris en ajoutant que lorsque j’ajoute un nouveau vêtement à ma garde-robe, je me dis qu’au moins deux morceaux doivent en sortir. Aussi, si j’achète un vêtement, il faut que je m’imagine le porter au moins 30 fois. Là, il sera rentabilisé.

Betina Lou jupe tshirt
T-shirt et jupe Betina Lou, mon kit de l’été. C’est d’ailleurs le chandail que je porte au moment d’écrire ces lignes.

Avant de terminer, je te laisse sur ces deux petites choses que je voulais écrire, mais je ne savais pas où les placer sans défaire ma syntaxe :

  • J’ai fait le défi 333 l’hiver dernier (3 mois, 33 morceaux), et c’est très libérateur. Je te le recommande. Article à venir…
  • Je te parle de Betina Lou, mais il y a plusieurs designers d’ici qui font des choses magnifiques et qui ont une conscience écolo. Aussi, il y a maintenant une boutique fantastique de location de vêtements de designers locaux, Station Service. J’ai très, très hâte d’essayer cette nouvelle formule mode !
BetinaLouAmandaRoss_citrons
J’ai porté ma robe Amanda Ross tout l’été, lorsque je ne portais pas la jupe ou le t-shirt ci-haut.

15 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. deuxevades dit :

    Génial ! Bien sûr que la slow fashion est lié au mode de vie ZD ! C’est un tout mais pour beaucoup c’est difficile de passer le cap. Je suis passée d’amatrice des soldes, H&M et CO, à quelqu’un de beaucoup plus responsabilisée sur le sujet. Comme toi, j’essaye de réduire ma garde robe, d’acheter mieux et moins. Bref, je partage totalement ton avis et tes positions. En plus, les morceaux que tu présente dans l’article sont vraiment beaux ! ça donne très envie. Tu ne voudrais pas devenir mannequin par hasard? 😉 Et surtout envoi cette article aux entreprises dont tu parles dans le texte, je suis sûre qu’elles seront très flattées !
    – Laura 🙂

    J'aime

    1. Merci pour ton commentaire Laura ! Quand on commence à creuser un peu sur l’univers de la mode, on apprend des choses horrifiantes… ce qui fait que je n’ai aucun problème à mieux choisir mes vêtements et payer ce qu’ils valent vraiment. Je suis contente de savoir qu’on est de plus en plus de gens à faire ce choix. Pour les photos… Benjamin s’amuse avec les lentilles et réussit par miracle à prendre des photos entre deux fous rires !

      J'aime

  2. Esther dit :

    Je tente de me responsabiliser, de « trouver mon style » et d’épurer à fond. À l’avenir, je ne souhaite qu’encourager des compagnies éthiques. Idéalement made in Québec. Mais voilà que quand on découvre que je paie effectivement un joli chandail 150$, on me regarde comme si je suis tombée sur la tête. J’ai l’impression à chaque fois de revivre le même discours que le végétarisme, par exemple. Pourtant, il semble impératif de se responsabiliser, et d’acheter éthique est à la portée de sous, si on fait attention à nos dépenses et qu’on achète intelligemment. Il ne suffit que d’accepter de payer la couturière qui crée le vêtement, quoi!

    Sur ce, très bel article! ☺️❤️

    J'aime

    1. Je suis tellement d’accord avec toi ! Et moi aussi, on peut me garder bizarrement lorsqu’on apprend le prix que je paye pour mes vêtements. Cependant, si on compte le coût de fabrication, la qualité ET le coût humain, on comprend la raison du prix qu’on paye. La différence avec notre façon d’acheter (« notre », toi, moi et les personnes qui achètent local), c’est qu’on aura une seule jupe noire au lien de 5. On va payer une fois pour un tricot en laine au lieu d’en acheter 4 en acrilyque. Au final, je me demande qui paye plus cher pour ses vêtements…?

      J'aime

  3. Caroline dit :

    Je suis d’accord avec « deuxevades » et toi. De plus, si l’on regarde bien, tous les magasins ont les même vêtements. Il y a plusieurs années, j’ai complètement « ou presque » vidé ma garde robe, j’en ai ressorti 5 sacs poubelles de 360litres. (Bon, il y avait aussi les vêtements de mes 3 hommes).J’ai trouvé un magasin de créateur, c’est plus cher, mais se sont des pièces unique.

    J'aime

  4. Angelilie dit :

    beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N’hésitez pas à venir visiter mon blog (lien sur pseudo)
    au plaisir

    J'aime

    1. Merci beaucoup ! On va visiter ton blogue de ce pas ! 🙂

      J'aime

  5. Marie-France dit :

    Je fais la même chose. De mon côté. J’aime bien Atelier b. J’ apprends aussi à coudre et aimerait bien un jour avoir ma propre ligne de vêtements minimalistes et durables.

    J'aime

    1. C’est super Marie-France ! Je ne suis jamais chez Atelier b, mais je vais l’ajouter l’article. Tiens-nous au courant du développement de tes créations ! 🙂

      J'aime

  6. Mélina dit :

    Tu es tellement inspirante Laurence. Merci pour les nombreuses références super intéressantes.

    J'aime

    1. Merci Melina !!! Tu es trop fine !! ❤

      J'aime

  7. saloria dit :

    Je suis tellement d’accord !
    J’avais besoin d’un nouveau manteau d’hiver l’an dernier. (Ça faisait des années que je trouvais l’autre laid, j’ai sauté sur l’occasion quand il a commencé à briser). J’ai acheté un Quartz&Co, celui qui rencontrait le mieux mes critères. Mes amis n’en revenaient pas que j’ai payé 550$ (en solde) pour un manteau ! Ils trouvaient que j’avais exagéré.

    Puis c’est bon pour la mode ce principe mais pas que. Je me souviens de la fois où j’ai eu besoin d’un pied-mélangeur. J’en voulais un cheap, pas trop cher parce que je m’en sers pas souvent (genre 1 fois par mois). Mais je suis rendue avec le réflexe de toujours vérifier le lieu de fabrication de tout ce que j’achète. Ceux de Chine : 30$. Le SEUL modèle qui ressortissait du lot, fabriqué en Hongrie, pays européen donc j’en ai conclu que des normes de travail et environnementales devaient sûrement être présentes : 150$.

    J’ai pas été capable de faire taire ma conscience. J’étais venue pour acheter un truc cheap et je suis sortie du magasin avec un truc de qualité même si ce coup-là, ça m’a fait chier de « payer autant ». Au final, je suis contente de mon achat 🙂

    J'aime

    1. Merci pour ton commentaire ! Effectivement, on préfère aussi payer plus cher à l’achat, mais ne pas acheter un truc qui se brisera un an plus tard. Ton histoire de manteau d’hiver me fait penser à un ami qui achète un manteau d’hiver chaque année, mais jamais de qualité ! Bien sûr, la doublure brise, il n’est pas assez chaud, il ne respire pas, etc. J’ai le même manteau Lolë depuis 15 ans. Il est définitivement passé de mode, informe, mais il est indestructible et tellement confortable !!

      J'aime

  8. Article très intéressant, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup en ce moment et tu as su m’apporter plus de précisions sur celui-ci 😀

    J'aime

  9. Cha' dit :

    Super article !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s